lundi 28 mai 2012

La bannière US, l’étoile de David et le Croissant

Bernard-Henri Lévy a encore fait son numéro à Cannes. Avant-hier, il a revisité la Croisette avec Le Serment de Tobrouk.

Un film, à l'en croire, sur une «ingérence réussie» en Libye. Il le présente aussi comme une «grille de lecture» pour la situation en Syrie. «Ce film, a-t-il assuré, raconte l'histoire, unique dans l'histoire contemporaine, d'une ingérence réussie»

Soufiane Ben Farhat

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Bernard Henri-Lévy a arboré le V de la victoire accompagné d'une femme voilée moulée dans ses habits étroits et provocateurs et d'hommes cagoulés. Il a rendu hommage à l'occasion à la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, au Premier ministre britannique David Cameron et à Nicolas Sarkozy qui «aura eu, dans ces huit mois de guerre, une attitude exemplaire et rare». Et c'est tout dire.

Israël, les militaires américains et leurs hommes-liges peuvent jubiler. Mais il y a certainement un homme à qui cela passe au travers de la gorge. En fait, les compliments de Bernard-Henri Lévy, Nicolas Sarkozy n'en a cure. N'a-t-il pas été «dégagé» de la présidence française comme certains chefs d'Etat arabes ? Et en raison, entre autres, de l'engagement militaire français en Libye ?

Les choses sont ainsi faites. D'abord, les massacres et les destructions de pays entiers. Puis les philosophes-ténors du complexe militaro-industriel portent smoking et papillon et posent devant les caméras dans les festivals de cinéma. Nouveau modus operandi de ceux qui contrôlent le monde comme une redoutable pieuvre. Ses tentacules sont claires-obscures, ses desseins non dissimulés. L'humanité fait les frais du chamboulement de l'ordre des valeurs. La «victoire» en Libye a balisé la voie du terrorisme généralisé et à ciel ouvert. Jadis interdite d'accès en Libye, Al Qaïda y a déjà pignon sur rue. Elle menace les pays voisins et a dressé ses phalanges et ses campements au Sahel et au nord du Mali.

Nous ne sommes guère loin des situations explosives qui président aux conflagrations généralisées. En 1929, Hermann Heller avait décrit la dissolution de l'ordre de valeurs universellement accepté qui avait frappé de plein fouet les démocraties européennes : «En l'absence d'une communauté de valeurs politiques, il n'y a ni volonté politique commune, ni communauté légale. Les racines les plus profondes de la crise politique en Europe sont cachées dans la dissolution de cette communauté de valeurs». Cette crise avait débouché sur le triomphe du nazisme et du fascisme et sur les affres de la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd'hui, on nous présente les avant-gouts de la nuit et du brouillard sous les auspices d'une prétendue nouvelle «ingérence réussie» en Syrie. Le monde arabe est déjà à genoux. Il s'apprête à replonger dans une longue nuit particulièrement obscure et glaciale. Pourtant, Bernard Henri-Lévy veut aller encore plus loin. Ses pourvoyeurs de mission veulent Damas. Avec toute sa symbolique. Après Bagdad, Kaboul et Tripoli, les divisions de l'Otan veulent marcher sur Damas. Israël guette et attend son moment de vengeance contre le pays des Omeyyades, après avoir sablé le champagne suite à la destruction de l'Irak, contrée de Nabuchodonosor et des Abbassides.

L'histoire se répète sous forme de tragédie. Les espoirs du Printemps arabe sont battus en brèche. L'axe américano-sioniste-arabe instrumentalise les espoirs et les rêves nés de la Révolution tunisienne. Comme il y a eu, jadis en Europe, l'alliance entre le sabre et le goupillon, il y a aujourd'hui l'union sacrée de la bannière étoilée, du Croissant du Golfe persique et de l'étoile de David. Avec serment en prime.

Les marchands d'armes et de morts, eux, se frottent les mains. Décidément, Bernard Henri-Lévy campe bien son rôle.

http://french.irib.ir/component/k2/item/191011-la-banni%C3%A8re-us,-l%E2%80%99%C3%A9toile-de-david-et-le-croissant-par-soufiane-ben-farhat

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