lundi 17 décembre 2012

SYRIE. A Alep, "des milliers de personnes vont mourir de famine"

Céline Lussato

 

Un habitant raconte la vie quotidienne dans la seconde ville du pays, toujours en proie aux combats. Alarmant. 

 

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Une rue d'Alep, le 10 novembre. (AP Photo/Mónica G. Prieto)

 

Alors que la révolution du 15 mars est déjà loin, transformée de mouvement pacifique en guerre civile, la Syrie  s'enfonce dans la misère. Notamment la ville d'Alep toujours âprement disputée par les différentes forces insurgées – rebelles de l'armée libre syrienne (ALS) et djihadistes – et l'armée régulière d'Assad.

 

En bientôt 21 mois, la ville commerçante et prospère, un joyau du patrimoine, est devenue un champ de bataille.

 

Non seulement plus aucune vie économique normale n'y est possible mais certains quartiers abritent une misère noire et des conditions de vie pour les civils, catastrophiques.

 

"La situation d'Alep ne cesse d'empirer depuis que les rebelles ont débarqué fin juillet, mais maintenant elle est proche de la catastrophe : des milliers de personnes vont mourir de famine très prochainement si rien n'est fait", dénonce un activiste anti-Assad joint sur place.

Une inflation galopante

Les destructions dues aux bombardements ont laissé la ville dans un piteux état. Dévastée et ruinée. "Les gens les plus touchés sont évidemment les classes les plus pauvres et ceux qui sont dans les zones sous contrôle des rebelles" souvent bombardées, raconte le jeune homme, qui depuis le début de la révolution défend un mouvement pacifiste.

 

"L'aliment de base de la population ici est le pain qui est fabriqué dans des boulangeries industrielles financées par le gouvernement. Avant la crise il était vendu 35 livres et maintenant entre 200 et 250 lorsqu'on parvient à en trouver. Une telle inflation empêche les gens de s'en procurer beaucoup, si bien qu'ils sont maintenant concernés par la famine."

 

Qui plus est, plusieurs de ces boulangeries ne sont plus en activité. Certaines le sont seulement par intermittence. Des dysfonctionnements dus au "manque de fuel ou de matière première", estime l'ancien étudiant.

 

Rien pour se chauffer

 

"Les silos de grain de la ville ont été pillé par les rebelles et le contenu revendu pour acheter des armes", assure-t-il. Le régime avait également visé voici quelques semaines, et à plusieurs occasions, des files devant les points de vente de pain dans la ville, faisant de nombreux morts et blessés.

"Les prix de tout ont augmenté de 100% ou plus, notamment ceux des produits de première nécessité. Il n'y a ni mazout ni bombonnes de gaz. Les stations-service ont fermé avec l'arrivée des rebelles et le prix de l'essence au marché noir a été multiplié par quatre.

 

Or il n'y a plus de travail puisque les affaires et les usines ont cessé leur activité et les membres de la classe moyenne sont maintenant pauvres", affirme le jeune habitant d'Alep. Une situation qui empêche non seulement les gens de se déplacer, mais surtout de se chauffer ou de cuisiner. En plein hiver, c'est peu dire que c'est un très grave problème.

 

"L'électricité et l'eau peuvent être coupées pour plusieurs jours dans la ville ou seulement certains quartiers, les riches ou les pauvres, contrôlés par le régime ou les rebelles. Le seul moyen de se chauffer en ce moment c'est en faisant du feu avec le bois des arbres coupés dans les rues. Beaucoup ont déjà été coupés et laissent des emplacements vides", décrit-il.

 

Des maladies apparaissent

 

Le manque d'eau courante potable amène un autre souci à Alep : "Il y a une propagation de maladies comme l'hépatite et la leishmaniose [maladie parasitaire fréquente chez le chien, qui se transmet aussi à l'homme, NDLR] en raison des mauvaises conditions sanitaires et parce que les ordures, non collectées, s'accumulent dans plusieurs parties de la ville. Certes, nous avons encore quelques stocks de médicaments dans les pharmacies et les hôpitaux qui fonctionnent encore, mais il n'y a ni nouvelle production, ni importation. Nous allons donc devoir faire face à des pénuries très bientôt". (..)

 

Céline Lussato - Le Nouvel Observateur

 

http://tempsreel.nouvelobs.com

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