mardi 5 juillet 2016

Le destin de la Turquie moderne et la politique suicidaire d’Erdogan

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Erdogan isolé

Depuis le début de la guerre contre la Syrie en 2011, Recep Tayyip Erdogan, en tant que Premier ministre (2003-2014) et Président de la République de Turquie (depuis 2014) a engagé son pays, aux côtés, entre autres, des Etats-Unis, de l’Arabie Saoudite et d’Israël, dans une guerre, par l’intermédiaire de groupes terroristes qu’il soutient, abrite et arme. En tant que membre de l’OTAN, la Turquie a offert son plein soutien à la coalition occidentale, sous l’autorité des Etats-Unis, dans la tentative de démembrement du Levant, conformément à l’application du plan israélien Oded Yinon[i].

Le point culminant du rôle de provocateur joué par la Turquie dans ce contexte a certainement été l’épisode où un avion de chasse turc a abattu un bombardier Su-24 russe dans l’espace aérien syrien le 24 novembre 2015. Erdogan, qui n’a certainement pas commis cet acte de guerre sans l’aval des Américains, s’est attiré les foudres du Kremlin qui, malgré son sang froid, a déclaré avoir la ferme intention de faire payer tôt ou tard cet acte de trahison d’une rare bassesse.

Erdogan, frappé par la folie des grandeurs – encourageant les velléités expansionnistes turques (au détriment de la Syrie) teinté d’un néo pan-turquisme (racialiste et non culturaliste) de type kémaliste contre les minorités non-turques –, s’est aussi aliéné ses maîtres étasuniens qui voient d’un très mauvais œil les libertés que prend le dirigeant turc qui a trop tiré sur la laisse en allant bien au-delà de ses prérogatives de vassal.

Il est devenu pour les Américains un allié gênant, car de leur point de vue, la Turquie est au Moyen Orient ce que l’Allemagne est à l’Europe, à savoir une puissance régionale qui n’est tolérée qu’à condition qu’elle applique l’agenda politique des Etats-Unis en toute soumission.

Depuis, Erdogan, qui s’est retrouvé isolé et en difficulté sur le plan de la politique intérieure, tente une réconciliation avec la Russie.

Il a déclaré, jouant la carte de l’innocence, « ne pas comprendre comment les relations entre les deux Etats avaient été mises à l’autel du sacrifice en raison d’une erreur commise par le pilote »; le chef de la diplomatie turque, Mevlut Savusoglu, a quant à lui proposé de mettre en place un groupe de travail visant à normaliser les relations entre la Russie et la Turquie, ce à quoi à répondu le porte-parole de la présidence russe, Dimitri Peskov, que l’initiative d’Ankara n’allait pas résoudre le problème, tout dépendant des autorités turques dit-il. Le 31 mai dernier, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a été catégorique : « La Russie n’est pas disposée à faire le premier pas »[ii]. Il est hors de question pour les dirigeants Russes, et en particulier pour Vladimir Poutine, de faire « à nouveau » confiance à un traître, même si les relations russo-turques se réchauffent à l’avenir.

Erdogan a fini par présenter ses excuses à Moscou[iii] et a dans la foulée normalisé officiellement ses rapports avec Israël. Pourquoi ?

Le président Turc, frappé par l’hybris, s’est progressivement, depuis 2011, aliéné ses voisins et ses alliés. Cette politique suicidaire ayant isolé la Turquie, la seule issue qui s’offre à Erdogan est de renouer avec le géant militaire russe qui se trouve être aussi un partenaire économique important pour la Turquie.

Les négociations turco-israéliennes sur leurs relations – suspendues depuis 2010 suite à l’affaire de la flottille allant à Gaza –  comportait visiblement une condition : la levée du blocus israélien sur Gaza. Ceci afin de redorer le blason d’Erdogan aux yeux de sa population et d’une partie des masses arabes, après son soutien ouvert aux groupes terroristes de Syrie et à son bellicisme hystérique.

Le terrorisme comme outil politique

En un an, la Turquie a été frappée cinq fois par des actes terroristes. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, un certain nombre d’experts ont pointé du doigt la probable implication des Services secrets turcs dans ces attentats qu’Erdogan impute systématiquement au PKK et autres organisations d’extrême gauche. Le journal français Le Point, a parlé, dans un article du 14 octobre 2015, d’une « connivence du pouvoir » avec les terroristes, et rapportait qu’il y a des « doutes [existant quant aux compétences] des services de renseignement turcs, déjà vivement critiqués pour ne pas avoir pu empêcher la meurtrière attaque d’Ankara »[iv].

L’on peut en effet se questionner quant à l’éventuelle implication d’un Etat comme la Turquie qui soutient activement des terroristes qu’elle abrite, soigne et arme.

Le terrorisme est un formidable outil de neutralisation de la population lorsque celle-ci se tourne contre ses dirigeants; il y eut d’ailleurs, en 2012 une manifestation de la population turque qui s’opposait vivement à une guerre contre la Syrie qu’Erdogan s’apprêtait à déclencher, prétextant des frappes de l’Armée arabe syrienne sur le sol turc – une manifestation qui s’est transformée en rassemblement contre le parti au pouvoir, l’AKP[v].

Un spécialiste de la question terroriste et ancien instructeur au centre des forces dirigeantes de l’Armée Allemande, Christoph Hörstel[vi], qui avait commenté les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, affirma que: « nous assistons en France à un management de la terreur consistant à fabriquer ou laisser faire des attentats pour distraire la population et surtout détourner sa colère ». Cet expert affirme que tous les gouvernements membres de l’OTAN mentent, car les auteurs des attentats seraient, d’après lui, dans 95% des cas très bien connus des services de sécurité.

La Turquie moderne: perspective historique

De nombreux commentateurs comparent la Turquie d’Erdogan à l’Empire ottoman, le qualifiant de « néo-ottomaniste » ou de « sultan ». Or, l’acte fondateur de la Turquie moderne est la révolution maçonnique des Jeunes Turcs; une révolution de rupture totale qui a fondé un Etat jacobin centralisé, ethnocentrique, laïque et athéiste, alors que l’Empire ottoman était, notamment à partir du XIXe siècle, décentralisé (ce qui a précipité sa chute), multi-ethnique et appuyé sur la religion.

Si Erdogan se donne des allures de sultan, c’est surtout pour éveiller chez les Turcs la nostalgie d’une grandeur passée et souvent mythifiée; une stratégie politique qui ne prend visiblement pas sur le peuple turc.

Sa politique elle, se situe dans le prolongement de celle de Kemal Ataturk; en effet, Erdogan partage la vision racialiste et suprématiste des Jeunes Turcs[vii] combinée à celle des Frères musulmans (auxquels il est lié et qui le soutiennent) qui est elle internationaliste, trotskiste et révolutionnaire.

Ce syncrétisme entre Kemalisme et Frérisme peut paraître étonnant lorsqu’on ignore que Hassan Al-Banna (1906-1949), le fondateur de l’organisation des Frères musulmans (fondée en 1928), a structuré la confrérie sur le modèle de la Franc-Maçonnerie – et ce jusqu’au rite initiatique, d’ailleurs similaire à celui des Jeunes Turcs[viii] –, étant lui-même, ainsi que son père, le disciple d’une lignée de Francs-Maçons déguisés en religieux tels que Jamal Eddine al-Afghani (1838-1897) et Mohamed Abduh (1849-1905)[ix].

Quiconque se penche sérieusement sur l’histoire de la fin de l’Empire ottoman et les débuts de l’Etat turc moderne, peut y voir un net parallèle avec la subversion de l’Ancien Régime et la Révolution française, tant sur le plan idéologique que sur ceux des méthodes et des réseaux à l’œuvre.

C’est au milieu du XIXe siècle, et plus précisément à partir des années 1860, que les réseaux maçonniques se mettent en branle au cœur de l’Empire ottoman: des lettrés, des proches du Sultan, des hauts fonctionnaires parmi lesquels des ministres, entrent massivement dans des loges maçonniques – notamment la loge française L’union d’Orient dont la période d’activité correspond à la décennie la plus libérale de l’histoire politique et sociale de l’Empire (1863-1874). Ces hommes pour la plupart jouent un rôle dans l’introduction du libéralisme dans l’Empire ottoman[x]. L’implantation de la Franc-Maçonnerie est si importante à l’époque en Turquie que le sultan Murad V, qui ne règne que quelques mois en 1876 avant d’être déposé par Abdulhamid II, était lui-même membre d’une loge[xi].

Les Jeunes Turcs, qui sont pour une bonne partie les fameux donmehs, ces sabbatéens (disciples du faux messie kabbaliste Sabbataï Tsevi) faussement convertis à l’Islam, créent en 1889 un mouvement politique, le Comité Union et Progrès, qu’ils organisent sur le modèle de la Franc-Maçonnerie française du Grand Orient de France.

Le projet des Jeunes Turcs est de destituer le Sultan Abdulhamid II, rétablir la constitution libérale de 1876-1877 et imposer l’athéisme en Turquie. Dans leur projet ils sont aidés par les loges maçonniques françaises et italiennes de Salonique, ville qui abrite les principaux acteurs du complot jeune-turc et qui fut pendant plusieurs siècles un centre kabbaliste et sabbataïste important. Ce sont ces mêmes donmehs que l’on retrouve à la tête de l’Empire ottoman à partir de 1908.

En 1908 ils restaurent la constitution libérale, en 1909 ils dotent l’Empire de sa première obédience maçonnique nationale, le Grand Orient Ottoman[xii].

Parallèlement, les Jeunes Turcs créent ce que Thierry Zarcone, éminent spécialiste de la maçonnerie d’Orient, appelle une sorte de service secret, un instrument invisible d’action politique et même de coercition et d’élimination. Un auteur jeune turc, Hüseyn Cahid Yaçin (mort en 1957), témoigne et raconte que le Comité Union et Progrès, l’organisation Jeunes Turcs, est devenu au fil des années plus qu’une organisation politique secrète, en fait une véritable « religion ». Hüseyn écrit: « Pour consolider l’esprit du Comité, on a créé une nouvelle religion et un mezhep, pour ainsi dire une structure de style confrérique… Il existe, dans le pays un esprit unioniste, en fait une influence mystique »[xiii].

Le jeu de la Turquie dans le redécoupage du Proche-Orient causera-t-il sa fin ?

Le durcissement de la politique d’Erdogan est proportionnelle à une impopularité grandissante, aggravée par son bellicisme vis-à-vis de ses voisins ainsi que sa compromission et celle de sa propre famille dans le soutien aux terroristes et le trafic qui l’accompagne[xiv]. En effet, il a été formellement démontré que la Turquie a acheté du pétrole à Daech pour le revendre à des pays occidentaux – le plus important acheteur de ce pétrole est le pays qui se présente comme la seule démocratie du Proche-Orient, le flambeau des valeurs occidentales et le grand modèle du combat contre le terrorisme : Israël, qui achète 75% de ce pétrole vendu par le groupe terroriste[xv].

Il est a noter que cette vente de pétrole de Daech à Israël par l’intermédiaire de la Turquie a précédé la normalisation officielle des relations turco-israéliennes.

Comprendre la situation géopolitique actuelle au Proche-Orient nécessite d’avoir en tête la fresque historique de la région depuis au moins le début du XXe siècle ; ce qui permet de comprendre les alliances d’aujourd’hui, en particulier celle de la Turquie avec l’Arabie Saoudite et Israël, qui ne sont que le prolongement de celles nouées depuis la révolution Jeune Turc, la création du Congrès sioniste mondial, du Foyer National juif et la fondation du royaume saoudite.

Avant le début de la Première Guerre mondiale et du dépeçage de l’Empire ottoman qui l’a suivi (ce qui permit la création du Foyer National juif), en 1908, au lendemain même de la Révolution Jeune Turc, s’installe à Constantinople l’Agence sioniste. Ce fait important s’ajoute aux déclarations favorables au sionisme émanant de plusieurs leaders Jeunes Turcs[xvi]: preuve de l’alliance entre Jeunes Turcs et sionistes.

Les sionistes qui avaient par ailleurs fait des avances au Sultan pour qu’il leur laisse la Palestine en échange, entre autres, de l’annulation des dettes de l’Empire; proposition qu’il a repoussées et qui ont, sinon conduit, accélérée sa chute.

Dès leur prise de pouvoir, les Jeunes Turcs, en plus de laisser s’installer en Turquie l’Agence sioniste, ont ré-ouvert les négociations sur la création d’une nation juive en Palestine. La sympathie entre ces donmehs qui se sont emparés de la Turquie et les juifs sionistes était telle que nombre de jeunes sionistes décidèrent de s’installer à Constantinople (Istanbul) pour y étudier, apprendre le turc, et surtout travailler au corps les populations juives de l’Empire ottoman pour les convertir massivement au sionisme, à commencer par l’élite juive locale, au moyen d’actions propagandistes (presse, militantisme de terrain, développement d’associations, noyautage des institutions communautaires…)[xvii].

Aujourd’hui, comme durant les décennies précédant la Première Guerre mondiale, la confrontation des grandes puissances au Proche-Orient où s’opposent d’un côté la Russie et ses alliés (Iran, Syrie…) et les Etats-Unis et leurs alliés, dont la Turquie membre de l’OTAN, pourrait déboucher sur une conflagration.

Dans ce contexte, la Turquie d’Erdogan qui espère avancer ces pions et élargir ses frontières, pourrait bien se voir amputer d’une partie de son territoire, notamment par les autonomistes Kurdes syriens que la Russie a décidé de soutenir – ils ont ouvert le 10 février 2016 une représentation à Moscou[xviii] – depuis l’acte de trahison d’Erdogan.

Gardons à l’esprit que le seul débouché de la Russie vers la Méditerranée passe par Istanbul, et que cette dernière, anciennement appelée Constantinople, fut la capitale de Byzance, dont la Russie est l’héritière.

Cette partie d’échec entamée par Erdogan (qui surestime très largement ses capacités de stratège et qui au service de l’OTAN joue le rôle de provocateur de guerre dans la région) face à la Russie, pourrait se conclure – dans le contexte d’un embrasement généralisé provoqué par les Etats-Unis qui ne cessent de menacer la Russie à ses frontières et/ou à la suite d’un nouvel acte de guerre de la Turquie contre la Russie –, non seulement par sa destitution dans le cadre d’un soulèvement populaire et/ou d’une guerre civile, mais aussi – comme  le prévoit depuis plusieurs années le savant et spécialiste des relations internationales Imran Nazar Hosein – par la prise d’Istanbul par les Russes lors d’une éventuelle confrontation directe.

Nulle ne sait précisément comment un conflit général sera déclenché, mais l’article 5 du traité de Washington prévoit que l’attaque contre un pays membre de l’OTAN sera considéré comme une attaque dirigée contre toutes les parties. D’ailleurs, Erdogan a déjà invoqué cet article lorsqu’un avion turc menaçant le territoire syrien fut abattu en 2012.

L’analyse sur la durée de la politique Turque et de ses imbrications nous donne à penser que la réconciliation avec la Russie ne sera que temporaire.

Youssef Hindi

L’historien Youssef Hindi est l’auteur de l’ouvrage « Occident et Islam », Editions Sigest.

[i] Oded Yinon’s « A strategy for Israel in the Nineteen Eighties », Published by the Association of Arab-American University, Graduates, Inc., Belmont, MA, 1982. Traduction en français à partir de l’anglais « Le Plan sioniste pour le Moyen-Orient », Sigest, 2015.

Sur l’application et la mise en perspective géopolitique et historique dans la longue du plan Oded Yinon, voir : Youssef Hindi, Occident et Islam – Tome I : Sources et genèse messianiques du sionisme. De l’Europe médiévale au Choc des civilisations. Ed. Sigest, 2015.

[ii] Sputnik News, Erdogan veut améliorer les relations avec Moscou, mais ignore comment !, 31/05/2016.

[iii] Sputnik News, Erdogan s’excuse : un geste qui insuffle l’espoir dans les relations avec la Russie, 28/06/2016.

[iv] Le Point, Attentat d’Ankara : une enquête accablante pour la Turquie, 14/10/2015 : http://www.lepoint.fr/monde/attentat-d-ankara-une-enquete-accablante-pour-la-turquie-14-10-2015-1973568_24.php

[v] Algérie Patriote, Syrie-Turquie : manifestation à Istanbul contre la guerre, 04/10/2012.

[vi] Voir son interview sur Russia Today : https://www.youtube.com/watch?v=hZhbwvDyaLo#t=242

[vii] Réseau Voltaire, Recep Tayyip Erdogan veut développer la race turque, 30/05/2016.

[viii] Youssef Hindi, op. cit., pp. 119-120.

[ix] Voir : Youssef Hindi, op. cit., chapitre II.

Hamadi Redissi, Le pacte de Nadjd, éd. Le Seuil, 2007.

[x] Thierry Zarcone, Secret et sociétés secrètes en Islam – Turquie, Iran et Asie centrale, XIXe-XXe siècles, éd. Archè Milano, 2002, p. 10.

[xi] Thierry Zarcone, op. cit., p. 11.

[xii] Thierry Zarcone, op. cit., pp. 11-12, 32.

[xiii] Thierry Zarcone, op. cit., p. 70.

[xiv] Le Monde, La Russie accuse Erdogan et sa famille d’être impliqués dans le trafic de pétrole avec l’EI, 02/12/2015.

[xv] Sputnik News, Les Rockfeller de Raqqa : le business du pétrole de Daech mis à nu, 30 novembre 2015.

[xvi] Esther Benbassa, Le sionisme dans l’Empire ottoman à l’aube du XXe siècle, in : Vingtième Siècle. Revue d’histoire. N°24, octobre-décembre 1989, Persée, pp. 69-80.

[xvii] David Farhi, Documents on the attitude of the Ottoman government towards the Jewish settlement in Palestine after the Revolution of the Young Turks, 1908-1909, dans Moshe Ma’oz, Studies in Palestine during the Ottoman period, Jerusalem, Magnes Press, Hebrew University-Institute of Asian and African Studies-Yad Ishak Ben-Zvi, 1975, pp. 197-198 ; Michel Bar-Zohar, Ben Gourion, traduit de l’anglais par Claude Dovaz, Paris Fayard, 1986, pp. 51, 53-62.

[xviii] Sputnik News, Les Kurdes syriens ouvrent leur représentation à Moscou, 05/02/2016.

Source :

http://arretsurinfo.ch/le-destin-de-la-turquie-moderne-et-la-politique-suicidaire-derdogan/

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