mardi 5 juillet 2016

Le culte du Veau d'Or et la Mondialisation

AUX SOURCES DU CHAOS MONDIAL ACTUEL

" La chose la plus difficile au monde est de suivre à la trace n'importe quelle idée jusqu'à sa source. "

( Edward Mandell HOUSE )

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Le culte du Veau d'Or et la Mondialisation

" Il y a deux histoires: l'histoire officielle, menteuse et l'histoire secrète, où sont les véritables causes des évènements."
Honoré de Balzac

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La religion du Veau d'Or - que l'on appelle aujourd'hui Globalisation ou Mondialisation - est vieille comme le monde, même si les formes de son pouvoir et ses manifestations ont varié au cours des siècles avec les conditions politiques et surtout avec les moyens techniques de son exercice.

Aline de Diéguez

Préhistoire du culte du Veau d'Or

1 - " Fais-nous un dieu qui marche devant nous …
2 - Le Bouddha de Bangkok
3 - Le temple du roi Salomon
4 - L'Eglise romaine

Le Veau d'Or des temps modernes

5 - D'un dieu à l'autre...
6 - La guerre des dieux
7 - Petit résumé des trois épreuves surmontées par le nouveau dieu
8 - Le stade politico-militaire de l'expansion du Dieu-dollar
9 - Le stade monétaire
10 - La mort des frontières
11 - Les ruses sémantiques du Veau d'Or
12 - Main-mise sur la planète
13 - La cavalerie financière internationale
14 - Dans les coulisses de l'empire
15 - Le poulailler de la Mondialisation
16 - Le rêve d' un gouvernement mondial

(à suivre) Mort et tentative de résurrection du veau d'or: le DTS

 

I-Préhistoire du culte du Veau d'Or

1 - " Fais-nous un dieu qui marche devant nous …"

Lorsque , dixit le mythe biblique, Moïse revint parmi les siens après avoir passé quarante jours et quarante nuits suspendu à un rocher, sans boire ni manger, à écouter son dieu dicter, puis inscrire sur des morceaux de rocher, les commandements destinés à régir le plus harmonieusement possible la vie de la tribu dont il était le guide, il eut la désagréable surprise de débarquer au milieu d'une fête.

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Moïse brisant les tables de la loi

On célébrait dans la plaine le nouveau dieu que des nomades fuyant le royaume de Pharaon et lassés d'attendre le retour de leur chef, avaient fabriqué de leurs mains.

Ils avaient en effet sacrifié leurs bijoux, et notamment leurs anneaux d'or, symboles de l'écoute du divin, que tous, hommes, femmes et enfants portaient aux oreilles et ils les avaient fait fondre.

Dans les mythes, comme dans les contes de fée, la parole crée la réalité et nul ne se soucie des conditions concrètes de la mise en oeuvre.

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Danse autour de la statue

Ainsi donc Aaron, leur chef en second, avait pris les choses en main en l'absence de Moïse et avait réussi le tour de force, particulièrement remarquable au vu des conditions matérielles dans lesquelles se déroulait l'opération, de conduire le projet à son terme. La statue du nouveau dieu a surgi, telle Athéna du cerveau de Zeus et étincelait des mille feux de sa perfection symbolique.

"Aaron leur dit: Otez les anneaux d'or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les-moi. Et tous ôtèrent les anneaux d'or qui étaient à leurs oreilles, et ils les apportèrent à Aaron. Il les reçut de leurs mains, jeta l'or dans un moule, et fit un veau en métal fondu. " (Exode 32)

La solitude est lourde à tous les hommes et plus encore à un groupe de fuyards perdus dans un désert et orphelins de leur guide. Apeurés, ils en appellent à un protecteur bien visible. "Fais-nous un dieu qui marche devant nous…" auraient dit les fugitifs à leur nouveau guide!

La petite troupe s'était spontanément tournée vers le dieu qu'elle venait de quitter, le dieu solaire égyptien, le grand taureau fécondateur Apis, symbole de la richesse, coiffé du disque d'or qui rayonne entre ses cornes.

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Le boeuf Apis coiffé du disque d'or

Mais lorsque les lévites hébreux rédigèrent à Babylone les textes fondateurs de leur nouvelle religion en y incluant des évènements censés s'être déroulés un millénaire et demi auparavant, leur intention n'était évidemment ni de magnifier un dieu rival, ni de s'interroger sur les états d'âme d'un groupe de fuyards hors de l'empire des Pharaons. L'hénothéisme hébreu naissant s'est établi en dévalorisant les symboles des dieux étrangers - notamment des dieux égyptiens - et cela d'autant plus férocement qu'il voulait faire oublier à quel point il s'en était inspiré.

La nouvelle religion n'avait rien d'universel, puisqu'elle ne s'adressait qu'au petit groupe ethnique des Hébreux, le fameux "peuple élu ". Apis, réincarnation d'Osiris et d'Isis, symbole du soleil, de la lune et de la terre nourricière, donc de la vie rayonnante, de la lumière et de la fécondité, devint sous leur stylet vengeur un dérisoire et méprisable "veau ".

Avec le temps, son sens lumineux et universel s'effaça et il se métamorphosa en signe de l'idolâtrie et de la barbarie cupide dans laquelle serait retombé le groupuscule qu'un dieu, appelé Jahvé, était censé s'être choisi. C'est ainsi que, par extension "l'adoration du veau d'or" devint la manifestation de la stupidité de bédouins crédules, idolâtres et avides de biens matériels.

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L'Adoration du Veau d'or, par Nicolas Poussin

Sur le plan symbolique, le Veau d'or est donc associé pour l'éternité à la soif de pouvoir, à la jouissance immédiate de biens matériels, à l'opulence et à la puissance de l'argent. Il est la manifestation de la vénération pour l'or, c'est-à-dire pour une richesse qui pervertit les âmes et les cœurs. Il symbolise également la tentation toujours présente et toujours renouvelée d'élever l'or et l'argent au rang de divinité - mais de divinité maléfique.

C'est dans cet esprit que, dans son opéra Faust, Gounod fait chanter à son Méphistophélès :

MEPHISTOPHÉLÈS: "Le veau d'or est toujours debout;
On encense Sa puissance
D'un bout du monde à l'autre bout!
Pour fêter l'infâme idole,
Rois et peuples confondus,
Au bruit sombre des écus

Dansent une ronde folle autour de son piédestal!
Et Satan conduit le bal!

TOUS: Et Satan conduit le bal!

MEPHISTOPHÉLÈS: Le veau d'or est vainqueur des dieux;
Dans sa gloire dérisoire
Le monstre abjecte insulte aux cieux!
Il contemple, ô rage étrange!
A ses pieds le genre humain
Se ruant, le fer en main,
Dans le sang et dans la fange
Où brille l'ardent métal!
Et Satan conduit le bal!

TOUS: Et Satan conduit le bal! "

2 - Le Bouddha de Bangkok

Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Dans de nombreuses civilisations, des Incas aux Egyptiens en passant par l'Orient et les cinq tonnes d'or massif de la grande statue de plus de trois mètres de haut du grand Bouddha de Bangkok, l'or a uniquement symbolisé la gloire et la puissance des dieux.

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Le grand Bouddha d'or

3 - Le temple du roi Salomon

Un des rois mythiques de la bible hébraïque, Salomon, est également censé avoir utilisé l'or dans cet esprit-là. Il est supposé avoir fait venir l'or du lointain royaume d'Ophir appartenant à la reine de Saba - l'Ethiopie actuelle - et il en aurait usé abondamment dans la décoration d'un temple qu'il aurait érigé en l'honneur de son dieu et conformément aux instructions qui auraient été communiquées surnaturellement et quasiment de bouche à oreille, par le dieu lui-même à ses prêtres.

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Le supposé temple de Salomon

Jahvé n'étant pas insensible à la beauté et à l'éclat de ce métal, le Salomon légendaire n'aurait pas lésiné sur les fastueuses décorations en or de la maison de son dieu, dont les murs, écrivait le lévite rédacteur du texte, étaient presque entièrement recouvert de feuilles d'or.

"Le Saint des Saints fut revêtu d'or fin. Il [Salomon] fit un autel de cèdre et le revêtit d'or. (…) Tout le temple il le revêtit d'or, absolument tout le temple. Dans le Débir il fit deux chérubins en bois d'éléagne (...). Il revêtit d'or les chérubins. (…) . Il couvrit d'or le plancher du temple à l'intérieur et à l'extérieur. " (Rois 1, chap.6)

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L'arche du suppôsé temple de Salomon

Mais ce roi mythique, dont les écrits bibliques louent autant la sagesse que la richesse et l'abondance de son harem, aurait rompu avec la tradition qui consistait à n'utiliser l'or que pour le service des dieux. Il est présenté comme un grand jouisseur et un adorateur des richesses ostentatoires. Le Midrach explique que son trône ruisselait d'or et de pierreries et qu'il rivalisait de sompuosité avec le Temple.

Dans la description mythologique qui en est faite, l'or est partout et les joyaux les plus précieux font de ce trône une sorte d'autel à la gloire d'un potentat oriental, sorte de Gatsby le magnifique des temps bibliques, qui aurait été en même temps prêtre de son dieu et prêtre du veau d'or, le second confortant le premier. Le faste et les richesses visibles exercent d'ailleurs un pouvoir fascinatoire sur la grande majorité des esprits :

" Le roi Salomon fit deux cents grands boucliers d`or battu, pour chacun desquels il employa six cents sicles d`or battu, et trois cents autres boucliers d`or battu, pour chacun desquels il employa trois cents sicles d`or; et le roi les mit dans la maison de la forêt du Liban. Le roi fit un grand trône d`ivoire, et le couvrit d`or pur. Ce trône avait six degrés, et un marchepied d`or attenant au trône; il y avait des bras de chaque côté du siège; deux lions étaient près des bras, et douze lions sur les six degrés de part et d`autre. Il ne s`est rien fait de pareil pour aucun royaume. Toutes les coupes du roi Salomon étaient d`or, et toute la vaisselle de la maison de la forêt du Liban était d`or pur. Rien n`était d`argent: on n`en faisait aucun cas du temps de Salomon. "

Les fictions religieuses sont construites à partir d'affabulations pures et simples, de grossissements volontaires d'un évènement réel, souvent microscopique et enfin, à partir de mythes universels pour les parties les plus intéressantes, le tout à des fins politiques et d'édification morale du groupe concerné.

Car le mythe n'est pas dans l'histoire. Il est l'histoire, car il crée l'histoire, mais une histoire qui transcende le temporel. Il est hors du temps ordinaire car il est le temps universel et il dévoile donc une vérité universelle. Le récit n'est qu'un support matériel de circonstance, destiné à véhiculer cette vérité. C'est pourquoi le mythe ne recherche pas la vraisemblance. Peut-on voler le feu du soleil? Prométhée n'est pas un vrai voleur d'un vrai feu, Icare n'avait pas de vraies ailes de cire qui auraient fondu parce qu'il s'est imprudemment approché du soleil, Sisyphe n'a pas passé sa vie à soulever un vrai rocher, une femme nommée Sara, vieille épouse d'un vieillard appelé "Père de la multitude" - Abraham - n'a pas enfanté à l'âge canonique de cent ans, aucun être humain n'est ressuscité et le royaume de Salomon n'a existé que dans l'imagination des scripteurs du texte biblique durant leur séjour forcé à Babylone, comme l'ont si justement révélé les archéologues Israël Finkelstein et Neil Asher Silbermann. [3 et 4]

Voir : La bible et l'invention de l'histoire d'Israël

Les évènements miraculeux ne sont pas des matériaux historiques.

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Salomon, peint par Pedro Berruguete (vers 1500)

4 - L'Eglise romaine

L'Eglise catholique officiellement "épouse" mystique d'un Christ prêchant la pauvreté et l'humilité, mais en réalité héritière et continuatrice des Césars romains, se livra, elle aussi, tantôt ouvertement, tantôt en tapinois au fameux culte du Veau d'Or. Durant de nombreux siècles, la croix et les pièces d'or, le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, Jésus et le Veau d'or firent bon ménage dans tout l'Occident chrétien.

Lorsqu'en 1260, Thomas d'Aquin rendit visite au pape Innocent IV, celui-ci voulut l'éblouir et lui présenta toutes les richesses de la papauté. Après avoir admiré ces trésors, Innocent déclara:

" Voyez-vous, mon brave Thomas, je ne peux pas dire comme le premier pape [l'apôtre Pierre] : "Je n'ai ni argent, ni or."

Thomas d'Aquin acquiesça et ajouta:

- Et vous ne pouvez pas dire non plus: "Au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche!"

La condamnation des fabuleuses richesses d'une papauté dévergondée, jouisseuse et avide de plaisirs, d'évêques et de cardinaux ignorants et arrogants, vivant dans une pompe ostentatoire, figure en bonne place parmi les griefs des Réformateurs allemands. Luther et tous les protestants allemands s'élevaient d'abord contre le luxe des dignitaires de l'Eglise et dénonçaient violemment le commerce des indulgences, véritable pompe à finances du Vatican.

Or, la pratique des indulgences, abandonnée depuis le concile Vatican II (1962-1965) a été remise sporadiquement à l'honneur par le pape Jean-Paul II, notamment lors du jubilé de l'an 2000. Son successeur, le pape Benoît XVI, semblait manifester plus d'appétit encore pour cette pratique, qui allie si heureusement les dévotions et les rentrées d'argent. Il y recourut par trois fois durant son pontificat. Il s'est notamment porté garant de la "certitude du pardon de Dieu" pour leurs péchés accordé à tous les pèlerins qui se rendraient à Lourdes entre le 8 décembre 2007 et le 8 décembre 2008 à minuit et qui effectueraient "avec dévotion" la visite des lieux du sanctuaire marial, dans l'ordre prescrit par les autorités religieuses, l'Eglise n'osant plus monnayer directement "l'indulgence plénière".

La procédure par laquelle Benoît XVI a obtenu l'accord et les garanties du "pardon de Dieu" est demeurée secrète. Ainsi donc, à partir du 9 décembre 2008 à 0 heure, les péchés seront devenus ineffaçables et les pécheurs seront justiciables de l'enfer ou, au mieux, du Purgatoire. Amen.

Je m'arrête à ces quelques exemples. La liste est longue des sociétés qui ont voué un culte à l'or, des Aztèques aux Incas, des Tatars de Crimée aux Vikings, etc.

 

II - Le veau d'or des temps modernes

5 - D'un dieu à l'autre...

""La politique, c'est l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde", disait Paul Valéry.

Le dieu visible de l'ancienne religion du Veau d'Or, celui "qui marche devant nous " au grand soleil, symbole d'un pouvoir hiérarchique pyramidal, est mort. Mais, c'est bien connu, un dieu ne disparaît jamais tout à fait. A côté de l'évolutionnisme biologique, un darwinisme théologique régit la succession des théologies dans les cerveaux. C'est pourquoi un dieu moribond se réincarne ou glisse doucement en tout ou en partie dans le corps de son successeur.

... Et, à la fin de la chaîne, l'empire américain vint, qui prit le globe terrestre dans ses serres…

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Contrairement au faste imaginaire de Salomon ou à celui réel des souverains de Babylone, les nouveaux prêtres de la religion du Veau d'or n'affichent ni leurs richesses, ni leurs personnes sur le devant de la scène. Leur coquetterie principale est précisément d'être invisibles. Derrière de hautes palissades d'abstractions, de chiffres et de graphiques, les seigneurs du grand capital se protègent des hommes en chair et en os. Leurs sujets ignorent souvent jusqu'au nom des maîtres qui tiennent leurs destinées entre leurs mains. "Le monde est gouverné par de tout autres personnages que ne se l'imaginent ceux dont l'œil ne plonge pas dans les coulisses" disait déjà Disraëli (1804-1881), dans Coningsby.

La prise du pouvoir par les financiers internationaux, c'est-à-dire, en majorité, par les grands banquiers anglo-saxons, s'est opérée en tapinois depuis la création de la banque d'Angleterre en juillet 1694. Elle a pris corps avec l'expansion de l'empire colonial britannique qui, à son apogée, a commandé un quart de la planète. A l'aube du XXè siècle, les colonies anglaises d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et d'Amérique composaient encore "l'empire sur lequel le soleil ne se couche jamais". Je reviendrai ultérieurement sur le rôle des banquiers anglais dans la mise sur orbite du nouveau dieu au XIX è siècle. Mais la domination financière anglo-saxonne a réellement pris son élan avec la main-mise des banquiers de la City sur l'Amérique avec la création de la FED le 23 décembre 1913 dans des conditions quasiment maffieuses.

Voir : Aux sources de l'escroquerie de la Réserve Fédérale , Le machiavélisme des hécatonchires* de la finance internationale
........... Du Système de la Réserve fédérale au camp de concentration de Gaza, Le rôle d'une éminence grise: le Colonel House

6 - La guerre des dieux

Mais le Veau d'or financier naissant eut fort à faire pendant les quelque cinquante ans durant lesquels il fut en butte à la concurrence d'un puissant dieu rival, infiniment plus séducteur que lui, puisqu'il promettait rien moins que le paradis sur la terre. Le marxisme représentait un contre-pouvoir idéologique puissant à la poussée du libéralisme. Durant un demi siècle, il a coupé l'appétit aux représentants du capital, freiné leurs ardeurs et limé les dents des loups cerviers dont parlait déjà Balzac dans La Comédie humaine.

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Le péril rouge

Voraces et patients, les financiers attendaient leur heure. Après quelques dizaines d'années, le messianisme du prolétariat mondial s'est flétri feuille par feuille et a fini par s'enfoncer dans le marécage d'un marasme économique et social. Il acheva de pourrir définitivement dans les camps de concentration, ces dépotoirs du paradis marxiste dans lesquels furent envoyés les hérétiques de la nouvelle religion. L'effondrement définitif de ce messianisme en 1989 fut si spectaculaire et si sonore qu'il provoqua une onde de choc dont la sismicité pulvérisa le mur qui le symbolisait.

Mais l'espérance est un chiendent tenace et elle n'a pas été étouffée sous les gravats d'un mur.

Ainsi, depuis une vingtaine d'années, enfin décomplexé et libre de toute entrave éthique, le nouveau dieu de l'adoration du Veau d'Or économico-financier, débarrassé du rival qui lui donnait mauvaise conscience, a pu se déployer sans complexes dans toute sa puissance.

7 - Petit résumé des trois épreuves surmontées par le nouveau dieu

Mais le nouveau dieu a dû successivement triompher de trois épreuves initiatiques avant d'accéder au statut d'unique divinité mondiale qui est le sien aujourd'hui.

Il s'agissait tout d'abord d'imposer la puissance de ses muscles et donc de montrer sa force militaire. Après une première mise en jambes à la fin de la première guerre mondiale - puisque les USA n'entrèrent dans la mêlée qu'en 1917, soit trois ans après le début des hostilités - la seconde guerre mondiale offrit à l'arsenal militaire américain un champ de démonstration si déterminant qu'il fit à l'empire en expansion le cadeau d'une victoire par KO sur toutes les autres puissances militaires de la planète.

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Ensuite, il a fallu à la nouvelle divinité consolider son prestige en étalant bijoux et trésors sous la forme d'un gigantesque tapis de billets de banque. Un flot ininterrompu d'argent sorti de rien a alors émerveillé, puis fasciné toutes les nations de la terre. L'envoûtement fut tel que le reste du monde lui accorda, les yeux fermés, le statut enviable de Dieu unique, c'est-à-dire de seul référent universel.

Le monothéisme capitalistico-libéral anglo-saxon flottant sur un mer de dollars s'est alors lancé à la conquête de la planète et, dans un troisième mouvement, tel un tsunami irrésistible, il renversé les frontières qui s'opposaient à son expansion. La mondialisation était née. Comme le fait dire l'apôtre Jean au crucifié : "Tout est accompli " et le règne sans entraves de l'argent-roi a pu débouler sur la planète entière.

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8 - Le stade politico-militaire de l'expansion du nouveau dieu

La première épreuve passée avec succès par le dieu naissant fut donc politique.

C'est la victoire sur les armées du IIIe Reich et ses alliés de l'Axe qui donna aux USA le rang prestigieux de superpuissance que la planète entière lui a reconnu pendant toute la seconde moitié du XXe siècle. "Depuis Rome, il n'y a jamais eu une nation qui ait autant éclipsé les autres " proclamait urbi et orbi dans un grand cri de victoire Joseph S. Nye Jr., recteur de la Kennedy School of Government à l'université Harvard et secrétaire d'Etat à la défense sous M. William Clinton. Il exprimait, par ce cri du coeur, l'auto-jubilation dans laquelle barbotait la classe politique de l'empire, auto-fascinée par sa propre idéologie et les miracles bien visibles qu'elle produisait chez ses grands prêtres. Dans la patrie du capitalisme florissant, c'est Noël tous les jours pour les protégés du Dieu, puisque 1% des plus riches gagnent plus que le total des revenus des 40% les plus pauvres.

9 - Le stade monétaire

La seconde épreuve à laquelle le Veau d'Or fut confronté afin de passer du stade de nourrisson confiné dans les frontières du nouvel Etat en gestation au plein épanouissement de sa puissance, fut monétaire. La multiplication des dollars est un miracle qui soutient la comparaison avec le miracle de la multiplication des pains rapporté par l'apôtre Jean dans les Evangiles.

Avant 1913, date de la naissance officielle de la machine à cracher des dollars, les financiers qui s'étaient enrichis par des spéculations douteuses durant la guerre de Sécession - et qu'on appelle depuis lors les "barons voleurs" - étaient à plusieurs reprises sortis des coulisses où ils rongeaient leur frein. On les vit opérer de fructueux rezzous sur les marchés boursiers . Ainsi, au début du siècle, ils purent piller allègrement les imprudents qui avaient cru rivaliser avec eux et accumuler en toute impunité un considérable magot. Ils orchestrèrent, en effet, quelques paniques spectaculaires à la bourse de New-York en déclenchant, comme ce fut le cas en 1907, une ruée sur les actions de quelques grosses sociétés. Ils procédèrent ensuite à une vente massive de manière à créer la panique, puis rachetèrent ces mêmes actions à la baisse en se présentant en sages sauveurs du bien public.

Du Système de la Réserve fédérale au camp de concentration de Gaza, Le rôle d'une éminence grise: le Colonel House

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1907: Le banquier John Pierpont Morgan "sauve" la bourse

Mais l' invention la plus géniale des nouveaux loups-cerviers est indiscutablement la poule aux œufs d'or que fut la création de la FED (le Système fédéral de réserve) durant la nuit du 23 décembre 1913. Depuis lors, les financiers anglo-saxons chantent Alléluia du matin au soir.

Un autre de leurs exploits particulièrement célèbre se situe en 1929 lorsqu'ils accompagnèrent et surent gérer en catimini à leur avantage la panique boursière et le joli crash auxquels il prêtèrent la main, en ruinant sans vergogne et une fois de plus les petits porteurs.

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Le crash de 1929...

De nouveau, le même petit gang de "barons voleurs" racheta en masse les titres dévalués et amoncela de colossales fortunes en faisant remonter les cours pendant que les malheureux ruinés se suicidaient en grand nombre.

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Forts de la puissance militaire et économique de l'Etat qui les hébergeait, les banquiers anglo-saxons consolidèrent leur empire financier durant l'entre-deux guerres.

La deuxième guerre mondiale qui les vit prêter à un taux usuraire les sommes qui permirent aux belligérants des deux camps de mettre sur pied leur arsenal militaire, puis de s'entre-tuer pendant de longs mois, fut pour eux une période exceptionnellement faste. Prudents , ils exigeaient d'être payés en or. C'est ce pactole juteux qui leur permit, lors des accords de Bretton Woods en juillet 1944, d'imposer comme unique monnaie de réserve la monnaie-dette privée qu'ils avaient inventée en 1913 .

Voir : Voyage circummonétaire à la recherche du Roi Dollar et découverte de la caverne d'Ali-Baba……4ème escale

C'était déjà là un bel exploit; mais la machine infernale à produire des dollars atteignit une perfection inespérée le 15 aout 1971. Ce jour-là les banquiers touchèrent en effet le jack-pot et dépassèrent les rêves les plus fous des alchimistes lorsqu'ils réussirent à exploiter à leur avantage une catastrope militaire au Vietnam, qui avait outrageusement déséquilibré la balance commerciale des Etats-Unis: ils réussirent à transformer en or un papier imprimé non gagé et à créer à partir de rien une monnaie dite "flottante", c'est-à-dire dont la valeur oscillait au gré des aléas de leur propre politique.

Voir : Voyage circummonétaire à la recherche du Roi Dollar et découverte de la caverne d'Ali-Baba… 5ème escale

Ces décisions monétaires eurent pour les financiers anglo-saxons propriétaires de la FED, des conséquences en chaîne plus heureuses les unes que les autres durant trois décennies. Elles furent même momentanément hautement profitables à l'expansion impériale états-unienne, puisque le tour de passe-passe monétaire qui transformait une monnaie privée et nationale en monnaie de réserve internationale équivalente à l'or permettait à l'Etat émetteur, en quelque sorte en compte à demi avec les nouveaux "barons voleurs" qu'étaient les actionnaires et propriétaires de la FED, de faire financer par l'étranger son commerce, ses déficits budgétaires sans fond et surtout les guerres qu'il menait en vue de s'approprier les hydrocarbures dont il était assoiffé. De plus, il aurait été impossible à cet Etat de payer la construction et l'entretien de ses 737 bases militaires à l'étranger sans la complaisance intéressée de ses banquiers faux-monnayeurs.

La religion du Veau d'Or a été de tous temps adossée au triomphe des armes, que ce soit au temps de l'empire perse ou à celui de la puissance temporelle de la papauté triomphante, qui a culminé avec les vagues successives des croisades. L'alibi théologique des uns et les motivations mercantiles des autres avaient alors abouti à des guerres de pillage et à une occupation de la "Terre Sainte" durant un siècle. Il en fut de même de la domination de l'actuel Veau d'Or mondialisé adossé à la monnaie-dette fictive après la campagne victorieuse contre les armées de l'Axe. L'escroquerie avait été si astucieusement montée qu'elle a duré pratiquement sans accrocs de 1913 à 2008.

Voir : Voyage circummonétaire à la recherche du Roi Dollar et découverte de la caverne d'Ali-Baba… 7ème escale

10 - La mort des frontières

La troisième épreuve a laquelle le nouveau Veau d'Or impérial avait été confronté fut celle de renverser d'un coup d'épaule décidé les barrières douanières des Etats-nations. La fameuse main invisible du marché a d'abord mis à mal, puis abattu purement et simplement les frontières afin de permettre au système économique né outre-Atlantique de se répandre sur la planète entière avec l'avantage inestimable de disposer à gogo d'un flux ininterrompu de capitaux .

Voir Premiers pas sur les traces du Roi-Dollar

L'empire américain et le Veau d'Or financier mondialisé sont les deux faces d'une même médaille, l'empire étant le bras armé des financiers.

Afin de se répandre hors de leurs frontières, ils utilisèrent d'abord les points d'ancrage que leur offrait la fameuse Alliance de l'Organisation de l'Atlantique Nord (OTAN) mise sur pied par le vainqueur après la victoire sur le Reich en 1945 pour fédérer ses vassaux directs, avant de faire quasiment main basse sur la planète entière après la chute du mur de Berlin en 1989. Mais, tout en clamant le contraire et en se faisant les chantres d'un libéralisme débridé, l'empire et ses financiers conservaient soigneusement leurs propres privilèges et leurs protections douanières. Ils étaient même parvenus à soumettre tous les autres Etats de la planète à leur législation commerciale interne.

Grâce à l'espionnage généralisé et à la surveillance de toutes les opérations financières de la planète, ils réussissaient à escroquer des sommes fabuleuses - appelées "sanctions" - aux Etats ou aux entreprises qui contrevenaient à leurs ordres. Les presque neuf milliards de dollars volés à la plus grande banque française en sont un bel exemple. De plus, les Etats-Unis se donnaient le pouvoir d'interdire la vente de tel ou tel matériel dès lors qu'un seul élément, ne fût-ce qu'un boulon, entrait dans sa composition. Qualifié souverainement par leurs soins de "matériel sensible" son exportation était bloquée sous peine de rackett financier, qualifié "amende".

C'est ainsi qu'ils purent affaiblir l'industrie des armements des Européens qui avaient imprudemment inclus dans leurs armements quelques éléments et boulons qui se sont trouvés, a posteriori, relever de cette législation. L'Espagne n'a pas pu vendre ses avions au Venezuela pestiféré de Chavez, tandis que la France et l'Allemagne n'ont pas réussi à lever l'embargo des ventes d'armes que l'empire avait imposé à la Chine. Ayant décidé que l'Iran était un Etat-voyou, les Etats-Unis ont eu les moyens financiers terrorisants de provoquer un quasi blocus économique mondial de ce pays.

Depuis lors, la domestication de l'Europe a atteint un stade qui transforme ce continent en colonie soumise à l'empire. Les dirigeants des nations européennes sont désormais des Quisling directement pilotés par Washington.

11 - Les ruses sémantiques du Veau d'Or

Habile passe-muraille, le Veau d'or impérial s'est discrètement lové dans des vocables anodins et neutres. Le capitalisme international vilainement vilipendé par son rival messianique sentait le soufre et avait besoin de retrouver une virginité. De nos jours, aussi confortablement installé dans le paysage économique et politique que dans les esprits de la quasi totalité des habitants de la planète, de la Chine à la Papouasie, de Mayotte à Los Angeles et de la Perse au Pérou, il a revêtu la tunique de lin blanc d'un alléchant Libéralisme, d'une innocente Globalisation et d'une benoîte Mondialisation. Devenu l'horizon idéologique indépassable de l'univers, il libère peu à peu ses poisons et se révèle une redoutable tunique de Nessus.

Mais un esprit aussi lucide que celui du Général de Gaulle n'a jamais été dupe du puissant système financier et politique qui s'était discrètement abrité dans les vocables bénins destinés à endormir la méfiance des ignorants. Il a flairé et démonté le piège. Puis il a crié que le roi est nu et révélé urbi et orbi que ce grand meccano était simplement un avatar de l'expansion de l'empire américain. Il avait parfaitement compris le mécanisme de ce pillage et ses fondements politiques :

" Le marché n'est pas au-dessus de la nation et de l'Etat. C'est la nation, c'est l'Etat qui doivent surplomber le marché. Si le marché régnait en maître, ce sont les Américains qui régneraient en maîtres sur lui ; ce sont les multinationales, qui ne sont pas plus multinationales que l'OTAN. Tout ça n'est qu'un simple camouflage de l'hégémonie américaine. Si nous suivions le marché les yeux fermés, nous nous ferions coloniser par les Américains. Nous n'existerions plus, nous Européens ."

L'Europe a "suivi le marché les yeux fermés". Le fameux "Traité transatlantique" en gestation est le dernier camouflage en date de l'hégémonie américaine et de sa tentative d'étrangler définitivement d'éventuels concurrents industriels.

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D'ailleurs l'empire ne cache plus sa volonté hégémonique. Il la proclame même à haute et intelligible voix. Mais la vassalisation sécrète un virus mortel pour la vérité et les libertés publiques. "Seuls les plus petits secrets ont besoin d'être protégés. Les plus gros sont gardés par l'incrédulité publique " écrivait Marshall McLuhan, auteur et chercheur canadien (1911-1980).

La vénération craintive est l'un des symptômes les plus prégnants de cette pathologie. Elle entraîne une surdité et une mutité universelles dans les organes de presse, si bien que le Reste du Monde et notamment les Européens continuent de parler de Globalisation là où il a vassalisation et de Mondialisation là où il y a domination :

"Ni la Pax Britannica, ni la France napoléonienne, ni l'Espagne de Felipe II, ni l'empire de Charlemagne, ni l'empire romain ne peuvent se comparer à l'actuelle domination américaine. Jamais il n'a existé une telle disparité de pouvoir dans le système mondial. " écrit en toutes lettres l'historien Paul Kennedy

12 - Main-mise sur la planète

Le Veau d'or appelé Mondialisation est donc l'expression de la main mise de l'empire américain, de l'armée de ses financiers et de ses multinationales sur la planète.

Après avoir abattu les frontières des Etats-nations, le Veau d'Or a entrepris, avec une persévérance digne d'admiration et en usant de toutes les formes de pressions, de chantage et de menaces sur ses vassaux, ses clients ou ses débiteurs, d'affaiblir, de dissoudre et même de détruire totalement les principes sur lesquels se sont construites les nations. Il s'emploie à saper les fondements de toutes les institutions économiques, sociales et morales, qui se voient qualifiées avec condescendance quand ce n'est pas avec mépris, de rétrogrades. Ses serviteurs appellent rupture et adaptation la destruction des protections syndicales et du code du travail. Les institutions policières et militaires nationales n'échappent pas au grand bond en arrière et sont remplacées par des structures de gestion supra nationales et mondiales directement dirigées depuis Washington.

Voir: : Il était une fois la mondialisation ... Vue d'ensemble sur la nouvelle religion planétaire

La rapidité foudroyante de l'expansion du nouveau Veau d'or a été favorisée par les progrès des communications terrestres ou aériennes; mais elle a surtout profité de l'essor des télécommunications et du miracle des communications instantanées rendues possibles grâce à internet. La Mondialisation, ce sont, en effet, des transactions transfrontières de biens et de services, des flux croisés de marchandises et la diffusion accélérée et généralisée des nouvelles technologies. Mais c'est également une spéculation monétaire échevelée qui a métamorphosé le capitalisme économique en financiarisme anonyme sans foi ni loi.

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13 - La cavalerie financière internationale

Comme le disait le sapeur Camenbert : "Quand les bornes sont dépassées, il n'y a plus de limites ." Des facilités monétaires aussi exceptionnelles que celles permises par le système monétaire actuel ne pouvaient que déchaîner les appétits, si bien que, très logiquement, un laxisme budgétaire catastrophique en chaîne s'ensuivit.

Le mécanisme était pourtant tellement rustique qu'il était impossible de ne pas voir qu'il portait inscrite sa propre perte dans ses gènes. D'où les banquiers tirent-ils l'argent qu'ils prêtent? De nulle part. Ils se contentent d'imprimer une ligne dans un bilan. C'est bien là qu'est le véritable miracle: l'argent est créé à partir de rien et il produit un bénéfice. [1]

Une fois le robinet ouvert et le flux amorcé, les bénéfices s'écoulent quasi automatiquement dans l'escarcelle des financiers. L'Etat emprunteur se trouve donc dans l'obligation d'emprunter à nouveau afin de rembourser les intérêts du premier emprunt et ainsi de suite. On voit que ce mécanisme génère automatiquement des dettes à l'infini et que l'ensemble est une gigantesque pyramide de Ponzi et ressemble au jeu bien connu de la patate chaude, l'essentiel étant de ne pas se trouver au bout de la chaîne.

Voir : Voyage circummonétaire à la recherche du Roi Dollar et découverte de la caverne d'Ali-Baba…… 8ème escale

Comme ce système fonctionne également au niveau du Fonds monétaire international censé aider les pays émergents, alors qu'il amorce un mécanisme de vis sans fin de l'endettement, il transforme les pays pauvres en vaches à lait des banquiers internationaux.

Tous les Etats liés au système monétaire actuel se sont donc empressés d'imiter les Etats-Unis et les facilités budgétaires qu'offre le laxisme budgétaire tant et si bien qu'ils sont devenus à la fois les bénéficiaires et victimes du Veau d'or monétaire que manipule une poignée de loups cerviers internationaux. Les Etats ont cru pouvoir sortir de la spirale de l'argent-dette en inventant le mécanisme pervers appelé "monétarisation de la dette". Il s'agissait de rien de moins que de vendre les dettes des Etats - et notamment celles colossales de l'empire - sous la forme de "bons du trésor" assortis d'un intérêt attractif, afin de les métamorphoser en actifs dans les bilans des Etats acheteurs.

Car une fois amorcée, la roue de la cavalerie monétaire internationale décrite par Balzac dans sa pièce Le faiseur, s'est mise à tourner à une vitesse de plus en plus folle, si bien que de nos jours elle s'est tellement emballée que le montant des dettes pudiquement dénommées "avoirs négatifs " et impossibles à rembourser est si colossal qu'il met en péril le principal Etat émetteur et tous les intermédiaires gloutons et alléchés par les taux rédigés dans la seule monnaie de réserve qui brillait de mille feux - le roi-dollar. La dette de l'empire et celle de tous les Etats imprudents qui avaient fait confiance à la solidité financière de "la plus grande puissance de la planète", comme elle se dénommait elle-même en se tapant du poing sur la poitrine, tel un gorille courant autour des frontières du lopin qu'il a conquis à la force de ses biceps, cette dette, dis-je, menace le système monétaire tout entier et emportera dans un maelström imminent la quasi totalité des économies occidentales.

voir : Evolution foudroyante du système bancaire mondial - Du gangstérisme à la truanderie

C'était uniquement la confiance dans les divers intervenants de ce grand meccano qui servait de ciment et de garantie du fonctionnement harmonieux de l'ensemble du système. Or, à partir du moment où la méfiance est devenue la norme des relations entre les banques, le système monétaire international est en voie d'implosion et le Veau d'Or mondialisé sous sa forme actuelle est en passe de finir dans les poubelles de l'histoire. C'est pourquoi des Etats lucides comme la Chine et la Russie se débarrassent subrepticement de leurs bons du trésor pourris ainsi que d'une partie de leurs dollars et accumulent des lingots.

14 - Dans les coulisses de l'empire

Derrière la façade de la puissance politique et militaire de l'empire, le Veau d'or Mondialisation exprime, en effet, les intérêts politiques et financiers d'un très petit nombre de groupes très puissants et très concentrés et d'organisations qui aujourd'hui conduisent et pilotent l'économie de la planète dans la direction qui leur rapporte les profits les plus faramineux. Comme l'écrivait déjà Walter Rathenau (1867-1922), dans le journal autrichien Wiener Freie Presse du , 24 décembre 1912, "Trois cents hommes, dont chacun connaît tous les autres, gouvernent les destinées du continent européen et choisissent leurs successeurs dans leur entourage."

En changeant les mots " continent européen " par " empire américain ", la citation s'applique à la lettre à l'actuelle situation de la planète.

C'est aux pieds de ce nouveau Veau d'Or que les fidèles, appelés tantôt travailleurs, tantôt consommateurs, sont priés de déposer leurs anneaux d'or et leurs bijoux, c'est-à-dire leur force de travail; c'est en son honneur qu'ils obéissent aux nouveaux commandements de leur idole: "travaillez, prenez de la peine...", ou "travaillez plus pour gagner plus...", et aujourd'hui, "travaillez plus pour gagner moins...", afin de résister à la concurrence mondiale et aux délocalisations dans des contrées exotiques où l'exploitation de la misère s'étale sans complexes. La fameuse réhabilitation de la "valeur travail", comme le clamait un célèbre politicien de l'hexagone, prend, dans ce contexte, un sens dérisoire et cynique .

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La pyramide sociale

15 - Le poulailler de la Mondialisation

Car le libéralisme mondialisé n'est que la variante d'une fable qui aurait pour titre: La liberté du renard dans le poulailler. Il y près d'un siècle, Jaurès avait déjà décrit le sort des poules dans le poulailler du libéralisme :

" D'abord, et à la racine même [de la lutte des classes], il y a une constatation de fait, c'est que le système capitaliste, le système de la propriété privée des moyens de production, divise les hommes en deux catégories, divise les intérêts en deux vastes groupes, nécessairement et violemment opposés. Il y a, d'un côté ceux qui détiennent les moyens de production et qui peuvent ainsi faire la loi aux autres, mais il y a de l'autre côté ceux qui, n'ayant, ne possédant que leur force de travail et ne pouvant l'utiliser que par les moyens de production détenus précisément par la classe capitaliste, sont à la discrétion de cette classe capitaliste. "

Le Veau d'Or contemporain est, en effet, une idole gourmande. Les salaires vertigineux des dirigeants des grandes entreprises côtoient une misère de plus en plus visible, y compris dans les sociétés industrialisées. Le Veau d'or réclame des rendements de plus en plus élevés. En conséquence, la survie des entreprises appelle des "plans sociaux" et des "restructurations", camouflages pudiques de la novlangue actuelle pour signifier licenciements, donc chômage et délocalisations dans les pays émergents, là où des salaires de misère et une protection sociale inexistante rendent le coût du travail momentanément plus faible - en attendant que ces peuples se réveillent.

"Vouloir conserver le pouvoir exige le sacrifice du plus grand nombre pour le bénéfice de quelques-uns", écrivait Mao Tsé-toung, qui en connaissait un rayon en matière de "sacrifiés". Quel que soit le régime, le sacrifice des pauvres est toujours le moteur des sociétés .

Les poules ne sont pas les seules victimes des renards. Car, en sous-main, la guerre fait rage entre les renards eux-mêmes. En effet, le Veau d'or mondialisé est un Janus .

Amasser de l'argent est l'un des objectifs et l'une des faces de l'idole.

La seconde face est la lutte pour le pouvoir. Les renards ne se satisfont pas de la chair des poules. Une guerre permanente et sans merci règne entre eux. Les plus puissants éliminent ou avalent les plus faibles comme l'a montré, par exemple, la " guerre de l'acier " entre Arcelor et Mittal. Les tournois ne se déroulent plus sur le pré, mais dans le secret des institutions bancaires et à coups d'OPA amicales ou prédatrices. Dans un système construit sur l'appât du gain, le pouvoir s'achète et se vend au plus offrant. Une OPA dite "amicale" est celle dans laquelle les mangeoires des actionnaires sont le plus abondamment garnies de sorte que ceux-ci se rangent spontanément dans le camp du plus offrant.

Les Etats-nations à la fois complices et victimes de leur laxisme se contentent d'enterrer les morts qui résultent de la perte de leur souveraineté industrielle. Ainsi les Français pleurent la perte d'Alstom, de ses précieuses turbines à gaz et de ses réseaux électriques, celle de Thomson et de son imagerie médicale - que M. Juppé voulait déjà brader pour un euro du temps où il était premier ministre - celle de Péchiney et de son aluminium, celle d'Usinor-Sacilor et de son acier, celle de Lafarge et de son ciment, celle d'Alcatel et de ses équipements de télécommunication pour ne citer que les plus connues, car la liste n'est pas close

16 - Le rêve d' un gouvernement mondial

Les multinationales et les institutions internationales qui pilotent la mondialisation aux côtés des responsables politiques aux Etats-Unis, en Israël ou en Grande Bretagne, rêvent d'un nouvel ordre mondial. Le mélange entre des intérêts privés des hommes politiques, des groupes de pression et des institutions officielles aboutit à une forme de gouvernement inédit dans l'histoire humaine, une manière de privatisation du pouvoir à l'échelle mondiale. Ce groupe en arrive même à imaginer qu'il pourrait parvenir à imposer un gouvernement mondial unifié comme le proclame sans complexe un des plus riches et des plus puissants hommes d'influence de la planète :

" Certains croient que nous (la famille Rockefeller) faisons partie d'une cabale secrète travaillant contre les intérêts des États-Unis. Ils nous traitent d'internationalistes, nous accusent de conspirer avec d'autres de par le monde pour construire une structure politique et économique mondiale intégrée - un gouvernement mondial, si vous préférez. Si c'est là l'accusation, je plaide coupable, et avec fierté ! " - David Rockefeller, Mémoires, 2002

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Si M. Rockefeller prend ses désirs pour des réalités et tient pour acquise la bienveillance ou la soumission de l'Europe et du Japon, il semble ignorer qu'il existe des contre-pouvoirs, que la Chine, la Russie, l'Inde et, un jour prochain, une coalition d'Etats en Amérique du Sud résistera efficacement à l'idéologie du Veau d'or financiarisé. Cet "autre monde" voit que le Veau d'Or contemporain, tapissé de billets verts ou de toute autre forme de supercherie financière est si mité de l'intérieur qu'il ne tient plus debout que par habitude et adossé à des missiles. Ce n'est pas un hasard si la Russie - un des pays les moins endettés de la planète - et la Chine achètent de l'or. Même un capitaliste aussi rusé que Soros est devenu acheteur de la "devise barbare"

"Il aurait été impossible de développer notre projet pour le monde, si nous avions été victimes des éclairages crus de la publicité au cours de ces années. Mais notre oeuvre est maintenant à un stade beaucoup plus sophistiqué et nous sommes prêts à entamer la marche vers un gouvernement mondial. La souveraineté supranationale d'une élite intellectuelle et des banquiers mondiaux est certainement préférable à l'autodétermination nationale pratiquée lors des siècles passés. " -(David Rockefeller, au cours d'une réunion du Groupe Bilderberg, à Baden en Allemagne Rapport Hilaire DuBerrier, 1991)

Notre super financier démontre, s'il en était besoin, combien la "liberté de la presse" et l'existence d'un "quatrième pouvoir" aux côtés des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, sont une pure chimère. Celui qui paie commande. Le seul espace de liberté et d'honnêteté n'existe aujourd'hui que sur internet.

Une fois de plus, il est prouvé que tout s'achète, que tout se vend et qu'il suffit d'y mettre le prix en sauvant les apparences. Dans le système politique adossé au Veau d'Or mondialisé, les principes éthiques deviennent à leur tour des marchandises. Ainsi, M. David Rockefeller peut ouvertement remercier les journalistes de la presse officielle pour leur collaboration.

 

Et pendant tout ce temps... un petit groupe de banquiers, de gestionnaires de fonds spéculatifs, de responsables de portefeuilles bien garnis et de gros investisseurs ont engrangé des sommes phénoménales qu'ils ont su convertir en actifs réels ou en lingots de la "devise barbare" qu'ils ont feint de mépriser durant des années tout en accumulant en douce ses lingots.

C'est pourquoi le petit sourire en coin de l'un des principaux pontifes aux commandes de la machinerie du Veau d'Or permet d'imaginer que les grands maîtres de la Mondialisation sauront, comme ils l'ont toujours fait jusqu'alors, tirer un bénéfice supplémentaire de l'effondrement de leur monnaie, pendant que le reste du monde pansera ses blessures et comptera ses morts.

(à suivre) Mort et tentative de résurrection du veau d'or: le DTS

 

[1] Voir l'excellente et très complète analyse de Rudo de Ruijter sur le fonctionnement des banques, Secrets d'argent, intérêts et inflation

[2] Voir Frédéric Lordon : Quand la finance prend le monde en otage (http://w41k.com/11508 )

[3] Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman,La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de l'archéologie, 2001 ,trad. Ed. Bayard 2002

[4] Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible, trad.Ed.Bayard 2006

 

http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

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