vendredi 19 juillet 2013

Qatar : fin de partie…

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Jacques-Marie Bourget

 

Libye, Égypte, Syrie, Mali : tous les fers placés au feu par le petit émirat ont cessé d’être rouges. Doha doit revenir dans ses étroites frontières, celles d’une principauté théocratique et dictatoriale, guère plus vaste qu’un immense hall de banque.

 

Il faut se souvenir de la violente algarade qui, à l’ONU lors de l’un des multiples débats sur la Syrie, a opposé le représentant du Qatar à celui de la Russie. Le premier intervenant avec une telle arrogance qu’on croyait Condoleeza Rice revenue. Et le représentant de Poutine de s’écrier : « Tu es qui toi ? Le Qatar ? Alors il nous suffit d’appuyer sur un bouton et, hop, il n’y a plus de Qatar… ». Il y a six mois encore, juste avant l’opération Serval au Mali, à défaut d’être les maîtres du monde, l’émir de Doha et Hamad Ben Jassem, « HBJ » son cousin premier ministre, étaient convaincus de dominer le jeu politique de Saint-Louis du Sénégal à Kaboul. Hélas, comme celle des Rois mages l’étoile de Doha n’a fait que passer dans le ciel. Aujourd’hui l’heure est venue où, penaud, il faut amener les voiles et se faire discret. Libye, Égypte, Syrie, Mali : tous les fers placés au feu par le petit émirat ont cessé d’être rouges. Doha doit revenir dans ses étroites frontières, celles d’une principauté théocratique et dictatoriale, guère plus vaste qu’un immense hall de banque.

 

Lancée par le duo émir Al-Thani - Nicolas Sarkozy, l’offensive contre Kadhafi a engendré la surprise des Américains. Ils ne sont allés à la guerre que munis de pincettes. Quand Washington, avant même l’assassinat de son ambassadeur à Benghazi, s’est rendu compte que la « libération » de la Libye avait aussi pour but de saisir les 165 milliards du trésor du colonel et de prendre en main les réseaux de la Jamahiriya en Afrique de l’ouest, l’administration Obama a trouvé son indéfectible allié de Doha quelque peu débordant…

 

En Égypte, le sponsoring du Qatar accordé aux Frères Musulmans tombait dans le cœur de cible de la politique de Washington. Depuis Nasser, les « Frères » sont les bienvenus à Washington où, en son temps, une délégation a même été officiellement reçue par le président Eisenhower. Les services spéciaux suisses n’ont-ils pas détecté que le père de Tarik Ramadan, réfugié aux pays des lacs, était en contact avec la CIA… Ne jamais oublier que, sur le billet du dollar est écrit « In God we trust » : la solution religieuse aux problèmes politiques est toujours bien vue au pays des évangélistes.

 

C’est la tutelle de fer de Morsi et de ses amis, la prise des pleins pouvoirs par les « Frères », qui a défrisé l’espoir des américains mis dans les disciples d’Allah. Faut-il ajouter à cela la détresse économique et l’absence de toute initiative capable de faire bouger d’un centimètre le dramatique dossier de Palestine. Bailleur à fonds perdus, en milliards, le Qatar et son arme de destruction idéologique, Al-Jazeera, a fini par se faire détester par une bonne partie de la population égyptienne.

Un quotidien du Caire a publié un dessin qui résume cette séquence, on voit une mère tirer l’oreille de son fils en lui posant la question « tu sais où vont les menteurs ? » et le gamin de répondre « Oui, à Al-Jazeera »… Le risque, pour les États-Unis, était d’être, eux aussi, un jour jetés avec l’eau du bain, les eaux usées des « Frères ». Indice, au Caire lors de la révolte de juillet, l’ambassadrice américaine a échappé de peu au lynchage.

 

Washington a donc rendu les rênes à l’armée et laissé tomber la solution de d’un « islam soluble dans la démocratie », à la turc. Fin du protectorat qatari sur l’empire des pharaons. Et deuxième échec d’une colonisation rêvée par Doha puisque l’émir Al-Thani, qui se présentait naguère comme le Bolivar bédouin, n’est plus davantage le bien venu à Tripoli.

 

Sonnant le tocsin, Washington a fait savoir à Doha qu’il était temps que l’équipe en place, le terrible tandem de l’émir et de « HBJ » passe la main. Après quelques hurlements et un soupçon de brouhaha menaçant d’une rébellion, « HBJ » a décidé de filer vers Londres. À 60 ans, celui qui est sûrement l’homme le plus riche du monde à de beaux jours devant lui. Pour l’émir Al-Thani le scénario était plus simple. Le souverain, potentat de droit divin, étant malade, laisser le trône à son fils semblait s’imposer dans l’urgence. L’honneur était sauf et le Qatar pouvait reprendre son rang, celui de 138e au classement des démocraties dans le monde. Par ailleurs, les caisses du pays n’étant pas un puits sans fond et les perspectives gazières étant ébréchées par la naissance de l’exploitation du schiste, il fallait bien que cet état très endetté serre sa propre vis.

 

Avalant son chapeau, le prince Tamim, émir à la place de l’émir, a pu sans rougir assister à la défaite du clan qatari sur le front syrien : Ghassan Hitto, le premier ministre de la coalition rebelle vient d’être déboulonné. Frère Musulman, ce saint homme, pion numéro 1 du Qatar, a cessé de plaire et doit laisser sa place à un successeur non inféodé à Doha. Une double peine puisque Ahmad Assi Al-Jarba, le nouveau chef de la coalition porte fièrement le maillot de Riyad. Quelle ingratitude pour Doha qui a déjà investi plus de trois milliards de dollars dans sa guerre syrienne.

 

Des chapeaux, Tamim va en manquer. Puisqu’après l’épisode syrien est venu le temps des talibans. Le père du prince et son cousin « HBJ » avaient trouvé judicieux d’ouvrir à Doha une représentation de « L’émirat Islamique d’Afghanistan ». Le local ? Un petit palais tout neuf avec de grands murs de défense. Après une chaleureuse réception de bienvenue, les talibans ont hissé leur drapeau sous l’œil mouillé des caméras d’Al-Jazeera. Las, l’honnête Hamid Karzaï, voyant ces images, s’est mis en colère contre ses maîtres américains.

 

Le président Afghan exige la fermeture de cette sinécure. Pour une fois dociles, les talibans ont amené leur étendard pour un (court) séjour dans la naphtaline. Désormais l’émir Tamim a plus de loisirs pour se consacrer à ce qui l’occupe vraiment : le succès du PSG et les progrès de l’islam wahhabite dans la communauté musulmane de France. Plus souvent aussi, il pourra partager un thé avec Valérie Trierweiler dont il apprécie la compagnie.

 

Source : http://www.espritcorsaire.com/?ID=111/Jacques-Marie_Bourget/

 

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Jacques-Marie Bourget a travaillé comme grand reporter pour les titres les plus connus de la presse française tels que L’Aurore, L’Express, VSD, Paris Match, Bakchich… (après avoir débuté à Radio France alors appelé ORTF). Il a ainsi couvert, entre autres évènements, la guerre du Viêt Nam, la guerre du Liban, la première et la seconde Intifada, la première guerre du Golf, la guerre de Bosnie-Herzégovine. En 1986, il a obtenu le prix Scoop pour avoir révélé l’affaire Greenpeace. Le 21 octobre 2000, à Ramallah en Cisjordanie, il est grièvement blessé par une balle de M16 tirée par l'armée israélienne.

 

Publications

Le vilain petit Qatar, Nicolas Beau, Jacques-Marie Bourget, Éditions Fayard, 2013.

Sabra & Chatila, au cœur du massacre par Jacques-Marie Bourget, Photographies de Marc Simon, Préface d’Alain Louyot. Éric Bonnier éditions (2012)

Survivre à Gaza par Mohamed Al-Rantissi, Christophe Oberlin et Jacques-Marie Bourget. Éditeur : Koutoubia (2009)

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